Faut-il travailler la vitesse en football amateur ?
On travaille « naturellement » la vitesse ou l'endurance en football car ce sont des qualités essentielles pour être performant.
Il y a parfois des débats sur des questions comme « faut-il entraîner prioritairement ses qualités, ses points forts, pour lesquels les progrès seront faibles ou bien entraîner ses défauts, ses points faibles pour lesquels les progrès devraient être plus importants ? ».
On peut également se poser la question sur le travail des qualités physiques : quelle qualité travailler en priorité en amateur en sachant que le temps d'entraînement est souvent limité ?
Faut-il essayer de développer les qualités aérobies par exemple en priorité, pour lesquelles les progrès peuvent être importants, ou bien les qualités de vitesse qui, on le sait, sont grandement déterminées par la génétique, et dont les progrès ne pourront donc jamais être très grands ?
Beaucoup de préparateurs physiques (une majorité !?) optent pour le développement du point fort et pour les qualités qui peuvent faire la différence sur une action de jeu : l'explosivité et la vitesse.
Une photo assez explicite peut expliquer pourquoi le travail de vitesse est privilégié :
→ Un petit gain (ici un dixième de seconde sur 10 m) peut avoir de grands effets (passer devant son adversaire par exemple) !
Comment obtenir ce gain ?
- Travail du temps de réaction et de la prise d'informations
- Vitesse de démarrage et explosivité
- Force des appuis
- Qualité « de pieds »…
En travaillant sur les différentes composantes de la vitesse, il serait possible d'obtenir (même en football amateur) de petits gains et donc de grands effets !
Les composantes du gain de vitesse
En amateur, il faut rentabiliser le temps d'entraînement. Un moyen pour cela est d'« intégrer » le travail physique, c'est-à-dire travailler le physique (endurance, vitesse…) en même temps que la technique et/ou la tactique sous forme d'exercices avec ballon.
Faut-il intégrer le travail de vitesse ?
Pour nous éclairer, voici ce que Frédéric Aubert (préparateur physique de l'équipe de France féminine de football) en pense :
« Au regard des exigences contextuelles de la vitesse dans un sport collectif, le préparateur physique est devant le problème méthodologique suivant : faut-il développer une vitesse athlétique ou une vitesse intégrée à l'activité ?
Nous pensons que la réponse se trouve justement dans l'articulation de ces deux dimensions de la préparation en prenant en compte deux principes :
Si l'on veut véritablement développer la vitesse d'un sportif, on ne peut faire l'économie des efforts de vitesse absolue, calibrés aux intensités maximales de courtes durées (ce qui veut dire un travail spécifique de la vitesse).
Si l'on veut ajuster les qualités de vitesse aux dimensions technico-tactiques, le travail de vitesse devra s'intégrer aux situations spécifiques de jeu.
— Frédéric Aubert, préparateur physique Équipe de France féminine
Martin Buchheit — préparateur physique au PSG et chercheur
Pour Martin Buchheit, il existe une limite au travail de vitesse intégrée. Il a réalisé de nombreuses études et dans les jeux ou exercices intégrés, les joueurs ne sont jamais à 100% de leur vitesse maximale (voir même moins de 80%). L'engagement du joueur n'est pas toujours « total » dans ses courses et la récupération n'est jamais complète entre deux courses.
Or, « l'engagement total du joueur dans sa course » et une récupération « complète » avant d'effectuer une nouvelle course sont des conditions obligatoires pour développer la vitesse.
Le phénomène de « barrière de vitesse »
Si l'on ne fait jamais de travail de vitesse, il peut s'installer à la longue le phénomène de « barrière de vitesse ». C'est une limite physique et psychologique mise en place par l'organisme lorsqu'aucune exigence nouvelle ne lui est imposée.
Si les exercices sont toujours les mêmes ou si l'on travaille toujours à vitesse lente, l'accoutumance crée un stéréotype moteur rendant impossible un futur développement.
C'est pourquoi les entraînements doivent être variés en utilisant des exercices généraux, spécifiques, en surcharge…
Donc il est possible de travailler la vitesse en intégré (bon pour la vitesse de réaction, de traitement de l'information…) mais il faut aussi parfois faire du travail spécifique — dans des cycles dédiés au développement de la vitesse par exemple, et en faisant des « piqûres de rappel » le reste du temps.