Tu es peut-être joueur ou entraîneur de football et la question de la cohésion de groupe t'intéresse certainement. Pour beaucoup d'entraîneurs comme D. Deschamps, D. Simeone, et bien d'autres, la chose essentielle est de créer un groupe avant tout !
Nous te partageons un article intéressant de N. Crépin de l'INSEP sur cette question de la cohésion de groupe.
Entraîneurs et sportifs lient fréquemment le succès et les échecs à la cohésion du groupe, de l'équipe.
Pour reprendre le concept de la gestalt, « le tout est supérieur à la somme des parties ». Les exemples témoignent de l'existence d'une émulation collective qui transcende et dépasse les talents et compétences individuelles.
« C'est ça le plus difficile dans le football, pourquoi il y a des équipes qui pendant 3, 4 ans vont tout gagner et tout d'un coup ça s'écroule alors que ce sont les mêmes joueurs ? Parce que cette alchimie là, c'est ce qu'il y a de plus dur à trouver, ce relationnel entre les joueurs. La gestion de groupe ça peut très bien se passer pendant un an, pendant une durée de 2 mois et puis il y a un petit grain de sable qui vient foutre le bordel. Il faut toujours être vigilant, c'est un équilibre instable incroyable. »
B. Lizarazu
Champion du monde de football avec l'équipe de France en 1998
Qu'est-ce que la cohésion ?
Carron, 1982
La cohésion des groupes est « un processus dynamique qui se caractérise par la tendance d'un groupe à se serrer les coudes et à demeurer unis dans la poursuite de ses objectifs ».
Cette définition éclaire sur les différents aspects de la cohésion. Elle implique que ce phénomène n'est pas stable mais en évolution permanente, dans une notion de mouvement où des individus forment un tout dans une proximité (à la fois physique et psychologique) afin d'accomplir et d'atteindre un objectif commun.
Cette définition implique également deux types de cohésion :
Cohésion sociale
Degré d'attirance et de satisfaction des individus à évoluer ensemble.
Cohésion opératoire
Implication et engagement de chacun dans la réalisation d'un objectif commun.
Les deux dimensions de la cohésion
À quoi ça sert ?
La cohésion du groupe est souvent évoquée comme une clé de la performance. Des études montrent qu'il existe une corrélation entre la cohésion et la performance.
Si l'aspect affectif et social du groupe ou de l'équipe interfère sur la performance, cette corrélation est plus forte pour la cohésion opératoire (Kozub et Mc Donnell, 2000). Cette relation entre cohésion et performance est circulaire :
La cohésion augmente la performance sportive, et le succès renforce la cohésion.
Le manque de cohésion diminue la performance, et les défaites fragilisent cette cohésion.
« Personnellement, je vois l'équipe comme un tissu complexe de compétences et d'émotions où il est difficile d'évaluer les mécanismes de stagnation et de régression. Une équipe marche bien s'il y a une part conséquente d'éléments de liens, d'écoute, d'amour, de joie d'être ensemble, ces choses qui font que l'on se transcende naturellement. Regardez l'équipe de France de foot de 1998-2000 : les liens comptaient plus que les compétences. En 2002, c'était l'inverse. Ma préoccupation, quand j'étais entraîneur, était toujours d'extraire le meilleur potentiel relationnel d'un mélange de personnalités. Sur le terrain, il fallait des guerriers, des artistes, des stratèges. »
D. Herrero
Ancien entraîneur de Toulon, rugby
Comment faire ?
Il existe de nombreux freins à la cohésion. De nombreux outils pour la renforcer existent, et d'autres peuvent être inventés.
Les principaux freins à la cohésion :
La diversité des personnes
Les conflits de personnalité et les conflits de rôle au sein du groupe
Les difficultés de communication
Les luttes de pouvoir entre les membres
Les désaccords sur l'objectif commun
La priorisation d'objectif individuel au détriment de l'objectif collectif
Les changements fréquents dans la composition du groupe
Le style de leadership de l'entraîneur
Le questionnaire GEQ (Widmeyer, 1985)
Le GEQ — Group Environment Questionnaire — permet de mesurer le degré de cohésion dans le groupe et peut servir comme outil d'intervention. Un outil fréquemment utilisé est l'établissement du profil de performance de l'équipe.
Le profil de performance de l'équipe — 6 étapes :
Demander à chaque joueur d'identifier les caractéristiques considérées comme les plus importantes pour le succès de l'équipe.
Après échanges et discussions collectives, élaborer un consensus sur les caractéristiques du profil de performance de l'équipe.
Attribuer une note de 1 à 10 : score idéal.
Indiquer le niveau actuel de l'équipe par rapport à ces caractéristiques.
Soustraire le niveau actuel du score idéal.
C'est sur ces valeurs divergentes qu'il faut travailler !
La solidarité sur le terrain, la récupération et l'agressivité du milieu de terrain sont des exemples d'objectifs de travail pour augmenter à la fois la performance et la cohésion. Une multitude d'outils ou de techniques peut être utilisée pour accroître la cohésion, tant opératoire que sociale.
Éléments de réflexion et limites
Les mises au vert sont fréquemment utilisées par les entraîneurs en vue de préparer des échéances importantes ou pour augmenter la cohésion au sein du groupe. Pourtant, cette pratique, fréquemment utilisée par un grand nombre d'entraîneurs, n'a pas démontré ses vertus, ni la méthode pour impacter sur la performance (son contenu, sa fréquence, sa durée…). Cette pratique semble éminemment culturelle selon le pays ou le sport. Les pays anglo-saxons par exemple ont peu ou pas recours à la mise au vert.
La cohésion pour accroître la performance doit-elle concerner tout le monde ou la cohésion entre un noyau d'individus suffit-elle ? La mise à l'écart d'un sportif, comme Ginola en 1998 par exemple, n'est-elle pas bénéfique pour fédérer l'ensemble du reste du groupe ?
Certaines équipes ou groupes sportifs sont performants malgré une cohésion sociale très faible. Faut-il avoir une bonne ambiance dans le groupe pour générer des performances ?