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La vitesse avec changement de direction en football

 

 

La vitesse en football ne se réduit pas seulement à la vitesse en ligne droite!
Un joueur peut être “rapide” sur une course en ligne droite,  il peut réagir très vite ou bien avoir une vitesse gestuelle très grande.
Il peut aussi être très rapide dans ses changements de direction.
Pour améliorer la vitesse des joueurs il est ainsi possible de “jouer” sur plusieurs composantes de la Vitesse..


Cependant, on travaille souvent la vitesse en ligne droite , mais généralement un peu moins la vitesse avec changement de direction.
Or cette dernière doit être travaillée spécifiquement.

En effet, un joueur peut être rapide en ligne droite et perdre beaucoup de vitesse quand il change de direction !

Or, le travail en ligne droite n’améliorerait pas la vitesse avec changement de direction... 

 

La vitesse avec changement de direction, c’est quoi?

Se retourner ou changer de direction serait en réalité l’expression d’une qualité physique : l’agilité.

L’agilité est définie par Sheppard et Young comme un mouvement rapide du corps entier avec changement de vitesse ou de direction en réponse à un stimulus (Sheppard et Young, 2006).


Un des critères de l’agilité consiste à perdre le moins de temps possible dans la réalisation d’un changement de direction (Change Of Direction : COD), donc à perdre globalement le moins possible de sa vitesse linéaire !


Ces changements de direction se font en réponse à des stimuli externes (le plus souvent visuels: le ballon, un adversaire..) incluant des facteurs de perception et de prise de décision.


La capacité à réaliser un changement de direction selon une trajectoire connue est tributaire pour 50% à l’interaction de la vitesse, de la force maximale relative et de la masse maigre relative. Cette interaction renvoie à la notion de puissance.
L’autre moitié de la performance serait dépendante des qualités de coordination (Cazorla, 2008).



Comment s’exprime ses changements de direction en match?

 

Voici un tableau qui présente le nombre de rotations et de changements de direction lors d’un match en fonction du poste de jeu (Bloomfield et al, 2007)

 

G.Vigne a montré que sur 822 changement de direction pour un défenseur, plus de 700 de ses rotations se font entre 0 et 90°.
On aura donc intérêt à travailler sur ces angles là en priorité.
Sans négliger le travail avec des angles de plus de 90°.
On note également le très grand nombre de changement de direction dans un match et l’importance de travailler ce type de mouvement.


Avant de voir comment améliorer cette qualité, il est nécessaire de préciser sur quelles potentialités elle repose pour mieux cerner les facteurs limitants.

Pour cela voici les composantes de l’agilité selon le modèle de Sheppard (2006):



Cette qualité a de nombreuses composantes.

Nous remarquons qu’un travail sur les qualités musculaires ( force et puissance en concentrique, réactivité) serait bénéfique.

Un travail technique notamment sur la décélération serait également judicieux.



Aussi, pour Paul Chek (Préparateur physique), pour accroître le potentiel agilité il faut dès le plus jeune âge :  se déplacer, pousser, tirer, s’accroupir, se tourner, se pencher, se mettre en fente…

Chez les footballeurs, au delà de la vitesse des déplacements, ce sont les qualités d’accélérations et de décélérations qui sont déterminantes !

Apprendre à décélérer et s'arrêter est tout aussi important que d’accélérer!

Comme pour l’accélération, ca passe par une progression physique et technique.



Pourquoi travailler la vitesse avec changement de direction spécifiquement?

Premièrement car en match, de nombreux sprints sont effectués avec changement de direction (avec à chaque fois une accélération et une décélération plus ou moins brusque du corps et un COD).


Le foot évolue, on se déplace moins, mais “mieux”.
Par exemple, en premier league, les actions de hautes intensités ont augmenté de 50% entre 2006 et 2012 !
Soit 200 actions Haute intensité par match !
Le nombre de sprint a doublé mais ils sont réalisés sur des distances plus courtes qu’avant.

Les “COD” sont plus fréquents qu’avant et de durée plus courte..


Deuxièmement car le travail de vitesse en ligne droite améliore la vitesse en ligne droite.. mais pas avec changement de direction (ou très peu).
Si l’on analyse les formes de corps lors de ses 2 courses, on remarque de nombreuses différences.

Par exemple, quand on veut être rapide en ligne droite, on doit être haut sur ses appuis, alors qu’au contraire , en course slalomée, on doit être bas sur ses appuis..

On remarque de nombreuses différences également sur les qualités techniques, les qualités musculaires, les qualités informationnelles. Par exemple dans les courses slalomées, les capacités de décélération et de gainage sont déterminantes alors qu’elles sont d’importance moindre dans les courses linéaires..

Vous l’aurez compris , ces deux types de courses sont différentes.

De nombreuses études ont confirmé qu’un entrainement en course linéaire améliorait la vitesse linéaire mais n’améliorait pas la course slalomée. Et à l’inverse , un entrainement en course slalomée améliore la vitesse slalomée mais pas la vitesse linéaire!

Il faut donc la travailler spécifiquement.

 

Enfin, des études ont montré qu’il était plus “facile” de progresser sur les courses slalomées que sur les courses en ligne droite..

Quand le temps d’entraînement est faible comme en football amateur, cela peut être intéressant de se concentrer un peu plus sur l’amélioration de la vitesse avec changement de direction..

 

Comment la tester?

 

Le test le plus “foot” :

Test de Cazorla sur 20m

 D'autres tests : 

-Balsom agility test
-Bangsbo test (version écourtée par Cazorla)
-Illinois test
-Le L drill
-T test


Vous pouvez trouver tous ses tests sur internet.

 

Un autre test simple à mettre en place : Le CMJ horizontal (saut horizontal, départ arrêté).

→Le Contre Mouvement Jump horizontal serait prédicteur de l’agilité (contrairement au CMJ vertical).

 


Comment l’améliorer?



Selon B.Grosgeorges (nous vous conseillons son livre sur l'agilité dans les sports collectifs), il existe différentes conditions de réalisation de l’agilité:


Agilité planifiée: implique habileté fermée dans laquelle les mouvements à réaliser sont connus à l’avance.


Agilité réactive: est une “habileté ouverte” mobilisant les aptitudes perceptives et décisionnelles.


Agilité active: ou contextuelle, propre aux situations d’adversité proposées par le jeu qui demandent la capacité à se mouvoir de façon plus ou moins prévisible dans des espaces/temps où les réponses sont construites par les partenaires et adversaires.


En football, Accélérer, décélérer, changer de direction..  se fait toujours en relation avec le déplacement du ballon, des adversaires.
La qualité de perception et d’information est donc aussi très importante !

 

Pour améliorer l’agilité utile en football, on aura donc intérêt à travailler l’agilité “réactive” et “active”.

Ainsi, plus on proposera des situations d’agilité réactive, plus les capacités cognitives seront sollicitées. Certes, la technique de changement de direction sera moins impactée, mais si celle-ci n’est pas dégradée durant une situation « ouverte », cela signifiera une certaine capacité à prendre les informations nécessaires, soit en amont, soit lors des exécutions d’un COD.

Comment faire?

En réalisant des courses en fonction du déplacement des adversaires par exemple, ou bien en utilisant des cônes de couleurs différentes pour créer de l'incertitude...
→L’idée est de proposer une progressivité vers des exercices ouverts, où les réactions ne sont pas prévisibles à l’avance. Ceci implique l’usage d’exercices où le joueur perçoit des stimuli extérieurs variés qu’il doit reconnaître, puis traiter pour finalement réagir rapidement et de la bonne manière. Ainsi, il progressera non pas de manière absolue (amélioration unique de la vitesse de déplacement), mais de manière spécifique au football (traitement des stimuli et application d’un geste rapide).



D’autres idées pour entraîner l’agilité réactive :

L’utilisation de jeux réduits


Les jeux réduits procurent davantage d’opportunités de jeu que le jeu global (plus de prises de décisions, plus de ballons touchés, plus de dribbles, plus de stimulis..).
Les jeux réduits proposent spontanément 3 à 5 actions d’agilité active par minute, près du double que ce que l’on retrouve en situation de jeu réel.
Des gains de +30% seraient retrouvés sur le temps de “réaction-décision”.

En Nouvelle Zélande et en Australie par exemple, presque 40% du temps d'entraînement est consacré aux jeux réduits chez les jeunes.
Il paraît bien de travailler spécifiquement les CODS (composante athlétique) mais très bien de les travailler en jeux réduits pour travailler ses composantes perceptive et décisionnelle (agilité réactive et active).

 

Les autres moyens de l'améliorer :

Travail de renforcement musculaire, gainage et proprioception


Des gammes d’exercices qui renforcent la synergie entre grands fessiers et ischios jambiers pour accélérer horizontalement.

Le renforcement des quadriceps, des triceps.. en excentrique (freinage).
Renforcement des fessiers, des adducteurs et abducteurs .. 

Renforcement des péroniers latéraux (avec élastiques par exemple) pour mieux résister à l’éversion du pied.

Renforcement du grand fessier pour la force horizontale et renforcement du grand fessier en excentrique (descendre des gradins par exemple) , pour réduire le risque de sur sollicitation des quadriceps et pour réduire le risque de tendinopathie rotulienne.

Exercices qui travaillent l’intérieur du pied pour des blocages et une stabilisation plus efficaces et des exercices pour travailler l’extérieur du pied pour améliorer la poussée (exercices sur terrain avec échelle de rythme par exemple).


Attention en prévention des CODS, on privilégie le genou, mais ne pas oublier que l’articulation du genou est soumise à la mobilité des articulations sous et sus-jacentes !
→donc renforcer la mobilité, le contrôle et la force des chevilles et des hanches !

A ce propos, la théorie de l’entraînement « articulation par articulation » de Mike Boyle semble intéressante. Selon cette théorie, le corps ne serait qu’un « tas » d’articulations dont chacune possède une fonction spécifique et est sujette à des niveaux de dysfonctionnement prévisibles. Par conséquent, elles ont toutes besoin d’un entraînement propre à leurs spécificités.

Ainsi, la cheville aurait un rôle de mobilité et le genou de stabilité.
La hanche aurait besoin de mobilité.
Il faudrait donc les travailler dans ce sens là.
Augmenter la mobilité des chevilles et des hanches mais par contre augmenter la stabilité des genoux.

Idem pour le travail sur la partie lombaire .

Cette partie demanderait de la stabilité. Il serait donc inapproprié de travailler cette partie en mobilité.

Or on voit parfois des exercices de rotation sur cette partie du corps qui n’en demande pas.


Le travail de force (en salle par exemple) pourra être combiné avec un travail sur le terrain plus spécifique.
Par exemple sur le terrain, un travail de pliométrie en variant les plans d’impulsions pliométriques (horizontale-verticale-latérale-sagittale) pourrait être envisagé.



On pourra aussi “jouer” sur la technique de réalisation.

 

Pour ralentir, à l’inverse de l'accélération, il faut avancer au moins un appui par rapport au centre de gravité et l’impact au sol du pied se fait sans choc avec le talon et le plat du pied (alors que l’accélération se fait avec la pointe de pied).

Il ne faut pas frapper le sol, pour cela il faut activer les muscles fléchisseurs plantaires.

Il est important d’avoir le pied solide ou raide (pour la production de force horizontale) pour bien transmettre les forces développées.


La production de force horizontale s’exerce au niveau du sol par l’intermédiaire des pieds et provient de l’action des muscles extenseurs de membres inférieurs.
Il est aussi nécessaire d’avoir une action dynamique des bras, la tête en extension, une prise d’appuis larges pour changer de direction vite.


Courir pieds nus active la proprioceptivité du pied et sa capacité d’amortissement.
C’est aussi un excellent moyen de renforcement préventif des arches du pied.


Tous ces exercices ne seront pas toujours réalisés bilatéralement, vous pourrez intégrer du travail unilatéral.
Aussi, nous travaillons très souvent de haut en bas , de bas en haut ou d’avant en arrière mais plus rarement de gauche à droite et de droite à gauche. Or c’est important pour l’agilité et pour avoir de la force dans toutes les directions de travailler les mouvements latéralement. Des squat latéraux ou des fente latérales seront par exemple proposés.

Vous pourrez introduire des exercices visant l’amélioration du temps de réaction.
Cela pourrait aussi permettre de réduire le coût cognitif des habiletés sensori motrices et in fine de rendre le joueur davantage disponible pour le jeu.

 

Quand la travailler?

Comme pour un travail de vitesse classique, on pourra la travailler en début ou milieu de semaine..

 

Pour plus d'infos sur le travail de vitesse (conditions de réalisation, récupérations entre les exercices, ... CLIQUEZ-ICI.

 

 

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